IMANE AYISSI: « IL FAUT METTRE EN VALEUR LE VRAI TISSU AFRICAIN« 

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Le styliste d’origine camerounaise s’est fait une place dans le monde fermé de la haute couture. Il est notre invité.

Sensible aux questions environnementales, les créations d’Imane Ayissi combinent des matières naturelles dans le respect de l’environnement. Son objectif est de mettre en valeur les tissus « vraiment » africains et de promouvoir les chaînes de production artisanales.

Imane Ayissi bonjour. Comment est-ce que vous mettez en exergue votre héritage africain dans vos créations ?

Bonjour. Comment est-ce que je mets en avant l’héritage africain ? Je veux d’abord dire que c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Il ne faut pas oublier que l’Afrique ce n’est pas un pays, c’est plutôt un continent. D’un pays à l’autre, les cultures sont diverses. Les personnes qui habitent aussi les pays seront très différentes- les comportements- et tout. Donc, la culture africaine nous éduque énormément et il y a beaucoup, beaucoup de choses qu’on l’on apprend tous les jours, comme dans toutes les vies. Le jour qu’on cesse d’apprendre, c’est qu’il n’y a plus d’espoir de vivre. On apprend tous les jours, on découvre des choses tous les jours. Moi, j’ai décidé d’essayer de mettre en avant certaines choses que j’ai trouvées un peu injustes pour la culture africaine, plus précisément dans le domaine du textile africain.

Bien sûr, il y a certains tissus qui sont considérés comme tissus africains alors qu’ils ne sont pas des tissus africains à la base. Moi, je dirais qu’il faut plutôt parler de ces tissus-là à partir de certaines dates historiques. Et comme les Africains les ont trop portés, c’est devenu des tissus africains. En même temps, c’est dommage que ça a tué le vrai domaine du textile et du patrimoine africain comme le Kente, le Ndop, la Kita, le Batik fait à la main, le tissage et le côté perlage aussi. C’est un peu dommage. Je crois que c’est à nous, les acteurs africains, qui sont dans le domaine de la mode et autres, d’essayer de montrer un autre visage de l’Afrique avec des bonnes choses, des choses qui appartiennent au patrimoine africain.

Quand on regarde vos créations, pourquoi est-ce que vous avez décidé, personnellement, de ne pas utiliser forcément l’imprimé africain dans vos créations ?

C’est très personnel. Quand on dit imprimé africain, l’imprimé africain, c’est quoi ? Est-ce ces fameux tissus qui ont été importés à l’époque des colons ? Et comme l’homme africain, la femme africaine a trop porté ces tissus-là, ces fameux imprimés on les met en avant dès qu’on parle de la mode africaine, des designers africains. Je trouve ça très, très dommage parce que ça tue le savoir-faire africain. C’est une manière de tuer toute une chaîne de savoir-faire. Donc, moi, particulièrement, j’ai décidé que désormais, il faudra que je milite pour ça, que j’essaie de montrer qu’il y a des gens qui connaissent certains tissus d’Afrique. Et je suis sûr et certain qu’il y a énormément de gens qui ignorent beaucoup de choses. Pour les gens qui ne connaissent pas certains vrais tissus africains, je les amène peut-être à un petit voyage pour découvrir les jolies étoffes d’origine africaine.

Quand on sait que le wax est fabriqué à Java ou le wax hollandais et que les gens les réclament comme si c’étaient des tissus africains. Quelle est votre opinion ? Et quelle nuance apportez-vous ?

Je pense que l’histoire des pays africains est fausse. Pourquoi ?  C’est nous-mêmes les Africains qui devons prendre certaines choses en compte. On ne refuse pas que c’est une question d’identité et de reconnaissance. Après, les gens sont libres d’acheter, de porter ce qu’ils veulent, mais ne modifions pas ce qui n’est pas modifié. L’Afrique a le droit d’avoir son propre textile et l’Afrique le vaut bien parce que c’est son patrimoine. Donc, il ne faut pas tuer ce patrimoine-là ou essayer de changer les données. Non, je pense qu’il faut reconnaître et donner une identité à chaque chose. Mais il faut donner les dates et les précisions à certaines choses. C’est devenu africain à partir de certaines dates historiques.

Vous avez mentionné quelque chose d’important. Vous avez dit qu’il ne faut pas tuer le savoir-faire africain. Vous avez insisté sur certains aspects, par exemple les pagnes tissés et le bogolan etc. Qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui justement pour mettre en valeur ce savoir-faire ?

Moi, je fais ce que je peux à mon niveau. Je crois que c’est une question d’éducation, rééduquer et informer les gens. Que les gens soient conscients que chaque personne à son niveau est responsable de la culture africaine et doit maintenir le patrimoine africain comme il se doit.  C’est comme quand on parle de citoyen dans un pays. Chaque citoyen a un rôle à jouer à tous les niveaux. Il ne faut pas seulement attendre que ça soit les dirigeants. Si on se comporte bien, si on connaît bien son histoire, si on sait qui on est et qu’on a des bonnes manières, cela contribue à une bonne vitrine pour le pays et pour l’avancée d’un pays. Le textile, c’est pareil. Donc, moi, je pense que le problème qui se pose, c’est chaque acteur du domaine de la mode qui doit faire quelque chose. Je ne sais pas quoi. Mais bon, moi, je fais les choses comme je peux. Je milite, j’en parle. Je m’arrange toujours à montrer dans mes collections, même si je fais des mélanges, certaines étoffes parce que c’est important.

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